Belleville: parcours de l'eau, détour des vignes. Soifs et ivresses populaires.

Depuis l'aube de Lutèce quand les Romains apercevaient depuis l'île de la cité la colline luxuriante de Belleville jusqu'à l'époque contemporaine où Belleville et ses syncrétismes surplombent la capitale,

un dénivelé de cultures, de traditions, de fêtes et de métiers y attise sans interruption un esprit singulier, populaire et insouciant, parfois précaire: toujours vif, souriant.

 

Belleville c'est un parcours de soifs et un détour d'ivresses: ses sources convoitées dès l'époque médiévale par les besoins d'eau potable de la capitale écrivent et de manière souterraine le chemin invisible d'un aqueduc toujours actif

dont les noms de rue à la surface nous laissent deviner la ponctuation.

Laissez-vous guider par la "rue de la mare", la "rue des cascades", la "rue des rigoles" jusqu'à flanc de pente où fleurirent dès le XVIème s. des arpents de vignes dont le XIXème s. fit la vendange exaucée par le succès des célèbres guinguettes

débits de vin et salles de bals alors extra-muros-Paris s'arrêtant au mur des Fermiers généraux, ces lieux devinrent, un siècle durant, le creuset d'une alchimie festive, exhubérante, mariant les soifs des parisiens à l'ivresse de la colline.

Berceau de la fameuse "descente de la Courtille", point d'orgue du Carnaval de Paris jusqu'en 1850, Belleville cultive un patrimoine vivant d'usages et de chansons, de faits divers et d'éphémère.

Rattrapée par la ville qui la dévore en 1860, Belleville s'invente d'autres horizons bientôt ternis par les fumées industrielles qui viennent chasser à l'Est les populations les moins fortunées.

De la bande des "Apaches" jusqu'aux regards des artistes et du cinéma qui la traversèrent au XXème s.,Belleville nous offre toujours, ensemble, ses deux visages -poétique et canaille-sur un seul versant: celui qui descend des sources et se transmute en vin, comme une Noce... du réel.

Laissez-vous griser!