"Supplices et suppliciations" Les exécutions publiques dans Paris: peines, mises en scènes, bourreaux et cris.

Dans les anciens plans de Paris, le tracé des rues et les différents bâtiments remarquables de la capitale nous offre la lecture d'un espace urbain ponctué par deux récurrences notoires:d'une part, les moulins, le plus souvent installés sur des éminences, étoilent l'utilisation de la force éolienne sur un front discontinu d'hélices battantes; de l'autre, les potences et échelles dites de justice, déclinent une singulière ponctuation où s'arrêtèrent les phrases d'existences indénombrables.


Jusqu'au XVIIème-XVIIIème s. et la centralisation de la justice initiée sous le règne de Louis XIV, les vestiges du régime féodal et ses justices plurielles dressent à des carrefours bien visibles de la ville les instruments de leur pouvoir: gibets où les cadavres sont voués à une décomposition lente et aux vues de tous, cuves bouillantes, piloris et carcans où exposer les condamnés aux humiliations de la foule.

Chaque seigneur a le droit de haute ou de basse justice sur ses terres; aussi Paris se fait le charnier de cruautés diverses que le pouvoir royal souffre à accorder.

Depuis les pendus que le poète Villon mis en chanson et dont le cadavre aux propriétés soi-disant magiques attisa au Moyen-Âge la convoitise des sorciers,

En passant par les petits larcins et les grands bûchers où Paris se fit le théâtre macabre de la souffrance de personnalités et d'anonymes,

Et jusqu'aux premières loges des exécutions spectaculaires sur la place de Grève où les ennemis publics jouissaient du regard de la ville entière,

C'est un parcours de la souffrance au coeur de Paris dont certains carrefours imperceptiblement gardent mémoire et dont les blessures ne cicatrisent jamais tout-à-fait malgré le temps. De la rue de l'échelle (entendons "échelle de justice") à côté de l'église Saint Roch et jusqu'au coeur de Paris entre la terrible prison du Châtelet et la place des supplices devant l'hôtel de ville, à l'ombre des écorcheries des bouchers mitoyens, une visite qui réouvre les blessures de l'histoire de la justice dans la ville.