Nadia Barrientos - Paris Sortilèges

                              Le Diable à Notre-Dame

La figure du Diable est omniprésente à Notre-Dame. D’abord, sur le tympan du portail nord,

rue du cloitre-Notre-Dame-qui rappelle l’ancien enclos fortifié où s’étaient établis au Moyen-Âge les chanoines de la cathédrale parmi lesquels l’histoire distingue Fulbert, l’oncle d’Héloïse.

Un portail peu admiré par les visiteurs, isolé dans la partie nord la moins ensoleillée et la plus oubliée des restaurations, et qui nonobstant découvre au curieux qui s’aventure dans le flanc gauche de la cathédrale, une représentation étonnante:

Sur le deuxième registre du tympan, un homme pactise avec le diable:

Cet homme, c’est Théophile, évêque d’Asie Mineure au VIème s. Dépouillé de tous ses biens par un coup du sort, il décide de vendre son âme au diable pour les récupérer. Mais, rongé par le remord sept ans plus tard, il pria la Vierge Marie avec ferveur et celle-ci dans sa miséricorde, le libéra de sa traîtrise: Théophile sauva son âme.

Cet épisode, repris au XIIIème s. sous la forme théâtrale du Miracle-un drame religieux joué sur le parvis des églises et dans l’espace public dont le schéma, immanquablement le même, met en scène la rédemption d’un personnage ayant péché et sauvé par la suite grâce à l’intercession divine- a été mis en vers par l’un des premiers poètes parisiens, Rutebeuf, dont on conserve le “Miracle de Théophile”, premier exemple du genre.

-Des pièces de théâtre (Miracles, Mystères, Sotties,etc): de “l’art vivant” porté à hauteur de gestes dans l’espace urbain avant de se retrouver pétrifié par l’art sculpté et peint que déclinent les vestiges scellés dans les églises. “L’art” au Moyen-Âge était avant tout oral et participatif, on l’oublie trop souvent; et les oeuvres d’art que l’on conserve a posteriori n’en sont qu’un reflet indirect dont le ricochet ne doit pas nous faire perdre de vue leur destination de chair avant de ne plus nous apparaître que comme des talismans de pierre, cryptant à jamais dans la forme que le temps conserve, le secret vivant dont elles figurent le sceau-

À Notre-Dame, le Diable y est peut-être pour quelque chose…

 

 

 

 

 

Et de fait, c’est lui que l’on retrouve sur le tympan du portail central du Jugement, présidant avec l’archange St Michel à la pesée des âmes.

Un motif que l’iconographie chrétienne n’a pas inventé puisque si l’on remonte le temps et la méditerranée, on la retrouve en Égypte ancienne:

la Psychostasie, la pesée de l’âme du défunt (que les égyptiens localisaient dans le coeur) dans la balance sur laquelle le dieu Anubis fait peser la plume de la déesse Maat.

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