Nadia Barrientos - Paris Sortilèges

Les Nuits de Paris dans le creuset des années 30, avec Brassaï.

En 1930, Brassaï erre dans la nuit parisienne qu’il sait mystérieuse, obscure, féconde. Sur les pas de Restif de la Bretonne et de tant d’autres, poètes, curieux et anonymes, il arpente muni de son appareil photo les ruelles à l’éclairage vacillant, les escaliers sans fin abouchant nulle part ou presque, les tripots où se rencontrent prostituées et jeunes voyous, forains et philosophes.

Les années 30, l’entre-deux guerres et l’essor du surréalisme: la ville redevient un court instant, le terrain poétique d’associations magiques, énigmatiques que les nouvelles techniques de reproduction comme la photographie infiltrent, à la recherche de failles vivantes entre le réel et son hors-champ, entre l’archaïsme et le présent.

C’est un intervalle inattendu, une courte sieste avant le combat qui bientôt modifiera la rythmique urbaine au diapason de la croissance d’après-guerre avec sa nouvelle ritualité de gestes, dont le rendement et la consommation établiront la liturgie.

Pour l’instant, dans cette terre d’asile, terrain vague dédié à l’imaginaire et à ses bacchants, on ne se sait pas être en train de disparaître. Alors, la ville poursuit son jeu et ses querelles, ses larcins et ses échauffourées, au rythme des misères et des débrouilles, dans la lumière intraçable des lendemains .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrêt sur image, “inquiétante étrangeté”que la psychanalyse à peine théorise et que le peintre De Chirico intronise au cœur de sa peinture, la ville s’étonne elle-même d’amagalmer dans l’athanor de ses vertiges, les éclats du passé, quiet comme les songes, avec les scories à venir d’une modernité où la vitesse galope à l’amble de l’absurde et de l’exil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre d’ombres et de silhouettes que l’objectif immortalise au seuil de leurs cavales, bande de voyous et prostituées la clope au bec témoignent d’une puissante solitude que la ville leur accorde encore, à la marge des brigades de la vigilance universelle.

Pour les trouver, il faut descendre jusque dans leurs Enfers que le regard de Brassaï s’émeut à découvrir scintillant de couleurs et d’humanité à l’image des fêtes foraines peu-à-peu exilées extra-muros.

 

 

 

 

 

 

 

 

Loin, derrière les chemins connus où Paris chaque jour recompose l’espoir de se survivre. Où encore, des milices non-agrées de chiffonniers philosophent nuitamment sur la vertu des talismans trouvés au milieu des déchets que la grande urbs leur recrache. Loin, dans les à-côtés de la ville clinquante des urbanistes et des avenues percées à seule fin de mieux mater les émeutes.

Comme dans les manuscrits du Moyen-Âge dont les marges se découvrent recouverts de facéties grotesques ou même obscènes: le refuge sacré de ce qui dans l’uniformité de la page lisible fait sécession, sans d’autre raison que de maintenir un équilibre: un équilibre de funambule comme le souffle le regard du photographe, un équilibre entre l’inerte et le vivant que seule la marge recompose.

Pour que le livre se poursuive…

 

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